| Un tireur de pousse-pousse à Cotonou |
Il n’est pas rare de croiser
aujourd’hui dans les quartiers de Cotonou les tireurs de pousse-pousse qui
fouillent dans les immondices ou dans les maisons à la recherche de fers ou
autres objets abandonnés. Ils les ramassent pour aller les revendre au marché
international Dantokpa. C’est une activité rentable pour ces personnes qui ne
veulent que survivre.
Ils sont
pour la plupart de jeunes nigériens venus au Bénin pour exercer n’importe
quelle activité. Ils n’ont reçu aucune formation avant de traverser les
frontières béninoises. Ils ne savent ni lire ni écrire pour beaucoup d’entre
eux, mais arrivent quand même à baragouiner un peu le français pour se faire
comprendre par les béninois. Ces jeunes débrouillards parviennent à disposer
d’un pousse-pousse et ça y est ! l’activité commence. Ils arpentent à
longueur de journée les coins et recoins des rues de Cotonou et autres
quartiers environnants pour ramasser tous les objets nécessaires à la vente au
marché. Ils prennent d’assaut les tas d’ordures et d’immondices qu’ils
rencontrent. Ils fouillent de fond en comble et ramassent tout ce qui tombe
sous leurs mains. Les chaussures, les boites de conserve, les ustensiles, les
appareils électro ménagers et électriques, les pièces et les épaves de voiture, de moto, bref tout
ce qui peut permettre à ces jeunes de se faire un peu d’argent. Ils demandent
aussi aux habitants des quartiers de leur vendre les objets en fer dont ils
veulent s’en débarrasser.
Les prix sont souvent négociables. Ils se font même parfois blesser. « Lorsque je suis blessé, je cours rapidement dans un centre de santé pour me faire soigner. Je fais les injections contre le tétanos », a affirmé Ibrahim. « Le travail est dur, mais je n’ai pas trouvé une autre activité », a-t-il ajouté. Ces différents objets sont vendus à la bascule au marché international Dantokpa à d’autres personnes. Les soudeurs, les mécaniciens, les fabricants de lampions, les cordonniers et mêmes les artistes plasticiens viennent les racheter pour leurs besoins. Le reste est emballé dans des sacs et revendu à des expatriés occidentaux installés au Bénin exerçant leurs activités dans le secteur de la métallurgie ou convoyé vers le Nigeria.
Assani Bello
est un jeune nigérian installé au Bénin depuis environ une dizaine d’années. Il
a ouvert sa baraque non loin de la berge lagunaire du marché Dantokpa. Il
rachète les épaves pour les revendre. A cet effet, il a recruté ces semblables
jeunes béninois qui l’aident à accomplir les tâches. Ils ont pour mission de
trier les objets à racheter, de les peser et de négocier les prix, de les
cabosser et de les mettre dans des sacs. « Je ne peux pas faire seul le travail. Il m’épuise et me rend malade
parfois », a fait savoir Assani Bello. « C’est pourquoi je fais appel à d’autres personnes qui sont
régulièrement payées pour le travail accompli », a-t-il expliqué. C’est un travail qui nécessite aussi chez eux
la force et la résistance. Ces débrouillards ne bénéficient d’aucune
protection, leur santé est très exposée à la poussière, aux odeurs nauséabondes
et aux blessures. Quand les maladies surviennent, ils n’ont pas assez d’argent
pour se soigner dans les hôpitaux. Ils se contentent seulement des médicaments
de rue. Malgré ces problèmes, Assani Bello estime que c’est une activité
rentable qui nourrit son homme.
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